Un an de pratique professionnelle du one-line drawing
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Il y a un an, prenait forme l’idée d’un projet professionnel autour du one-line drawing.
Mon premier dessin, lui, remonte à décembre 2024. Mais c’est seulement quelques mois plus tard que cette pratique s’est imposée comme une voie possible — puis comme une évidence.
À l’origine, il n’y avait pas de projet artistique au sens classique. Il y avait une nécessité.
À la suite d’un traumatisme crânien, certaines fonctions cognitives avaient été fragilisées, notamment liées à la synthétisation — qu’elle soit verbale, psychologique ou perceptive. Il me fallait retrouver une capacité à appréhender le réel, à formuler un point de vue, à transmettre un ressenti. J’étais alors engagée dans une reconstruction professionnelle autour de la marqueterie de paille, à laquelle je m’étais formée, et qui me permettait de travailler lentement, avec minutie et sobriété.
Un soir, je regardais, avec une forme de nostalgie, des photographies prises durant l’été, représentant des chevaux dans un haras proche de mon domicile.
Leur grâce était intacte. Mais l’image, elle, ne l’était pas : la mise au point incertaine, les éléments environnants — murs de béton, clôtures — venaient troubler ce que j’avais perçu. Alors, sans autre intention que de faire le vide autour de ce qui m’avait donné de la joie, j’ai commencé à tracer des lignes simples.
Avec l’énergie limitée qui était la mienne à ce moment-là, après une journée consacrée à ma reconversion, j’ai tenté d’isoler l’essentiel : la présence, le mouvement, la grâce. Le résultat m’a surprise.
Bien que le dessin m’accompagne depuis l’enfance, je me suis rarement satisfaite de ceux que je faisais. Mais là, quelque chose avait changé.
En recommençant, encore et encore, le phénomène s’est confirmé.
Je n’étais pas simplement en train d’essayer : j’avais trouvé une manière de faire, à la fois distinctive et nourrissante. C’est à partir de là que le projet est né. J’y ai vu la possibilité de renouer durablement avec l’entrepreneuriat, mais autrement : avec plus de justesse, et une forme de joie que je n’avais pas connue depuis longtemps. Après des années marquées par la confusion et les soins apportés à mon organisme, une direction claire se dessinait enfin.
Les mois suivants, j’ai délaissé la marqueterie de paille pour constituer une première collection : motifs, objets imprimés, recherches de fabrication.
Comme souvent, la sous-traitance a apporté son lot d’imprévus. Mais l’élan, lui, est resté intact.
J’ai ensuite présenté mon travail à plusieurs expositions.
Art Shopping, en octobre 2025, a marqué un premier tournant : j’y ai vendu ma première pièce unique et, surtout, j’y ai rencontré d’autres artistes, dont la présence a nourri la mienne.
Une rencontre en particulier m’a profondément touchée.
Une personne m’a remerciée de lui avoir confié que mon travail, bien que tourné vers la joie et l’amour, était né d’une blessure aussi réelle que profonde.
Elle y voyait une forme d’autorisation — celle de ne pas être assignée à ses propres épreuves, de pouvoir, elle aussi, choisir ce vers quoi orienter son regard.
Cet échange a laissé une empreinte durable.
Il a contribué à affirmer ce qui, depuis, guide mon travail : l’amour comme force du vivant.
Non pas comme déni, mais comme orientation.
Non pas comme naïveté ou argument mercantile, mais comme choix.
J’ai compris que cette direction portait en elle une forme de réponse — peut-être la seule qui me soit juste.
Aujourd’hui, mener de front la création d’une marque, sa représentation, et le maintien d’une disponibilité intérieure suffisante pour produire des images sincères reste exigeant.
Mais cette ligne éditoriale agit comme un axe : elle me maintient ouverte, tournée vers la relation, là où il serait plus simple de se refermer.
Je n’ai pas encore trouvé ma place dans les outils de communication contemporains, notamment les réseaux sociaux.
Cela viendra, ou non. Ce point reste en suspens.
En parallèle, certaines perspectives s’ouvrent.
Lors du salon Maison & Objet, j’ai notamment rencontré un futur collaborateur à l’étranger, autour d’un projet de cession de motifs. Cette collaboration sera évoquée si et lorsqu’elle prendra officiellement forme.
Un an après, il ne s’agit pas tant de dresser un bilan que de reconnaître un mouvement. Je n'ai nullement l'intention d'abandonner la marqueterie de paille. Mais le dessin s’est installé comme un espace de liberté dans le monde tangible. Un lieu où quelque chose peut circuler, simplement — entre perception, ressenti et forme. Je vais donc tâcher d'équilibrer ma passion en pratiquant les deux.
Et partager.